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La place Tahrir au Caire photographiée par Florian Choblet

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Florian Choblet
©Florian Choblet

Depuis plusieurs jours l'Egypte gronde, elle commence à se faire entendre. Les protestations se sont étendues à l'ensemble du pays. Suez, Alexandrie, Le Caire voient affluer dans leurs rues des milliers de manifestants poussés par la dégradation du niveau de vie qui semble se généraliser. L'exemple tunisien laisse croire que l'ouverture vers la démocratie est possible à moins que ce ne soit l'oppression, devenue insupportable, d'un gouvernement despotique qui a fait du quotidien un état d'urgence.

Les manifestants, malgré plusieurs assauts meurtriers de la police menés au cours de la semaine du 24 Janvier, résistent et tiennent toujours la place Midan El-Tahrir lors de mon arrivée au matin du 1er février.

Les photographies présentées ici ont été prises au moment où la contestation se radicalise et où elle se transforme en affrontements violents entre pro- et anti-gouvernementaux. La frontière entre manifestation populaire et révolution s'amenuise en même temps que les barricades s'élèvent tout autour de la place Tahrir.

L'organisation et la répartition des tâches au sein du mouvement de contestation se révèlent exemplaires à plusieurs titres : prise en charge des blessés en arrière des lignes d'affrontement, confection de projectiles à partir de pavés et approvisionnement au « front », mise en place de groupes de surveillance sur les axes reliant la place, approvisionnement en eau et en nourriture des blessés et des combattants, création d'une prison pour accueillir les partisans du régime qui ont été capturés, aménagement de sanitaires et de campements et enfin respect de la prière quotidienne pour les musulmans.

Les rumeurs circulent parmi les milliers de personnes qui vivent nuit et jour sur la place. Ainsi, on peut entendre qu'il ne faut pas boire les jus de fruits en brique car il est probable qu'ils soient empoisonnés par les autorités, que les supporteurs du régime ont été payés 50 livres pour venir se battre et qu'il leur a été promis une centaine de dollars chacun s'ils parvenaient à prendre la place et aussi que des policiers en civils ravivent les combats et se tiennent aux côtés des pro-Mubarak (cela a rapidement été avéré, beaucoup de personnes arrêtées par les tenants de la place avaient sur leur carte d'identité la marque de leur appartenance aux services de police).

Mais les plus inquiétantes se propagent la nuit, comme par exemple celles qui disent que la police est à nouveau mobilisée et qu'elle s'apprête à donner l'assaut...

De nombreuses personnes vont perdre la vie au cours des cinq jours que je vais passer sur la place Tahrir. Certaines succombent de leurs blessures causées par les jets de pierres, d'autres sont la cible de tireurs cachés parmi les partisans du régime. Des exactions sont aussi commises, dans les deux camps. Même si la volonté évidente de protéger les prisonniers de la place Tahrir est à souligner, bon nombre d'entre eux sont victimes de lynchages.

Au-delà des scènes d'affrontements et de violence largement diffusées par les médias (ces photographies y participent malgré elles), les évènements qui se sont déroulés au Caire sont avant tout pleins d'espoir et d'un désir, commun à tous ceux qui y ont participé, de voir renaître des valeurs oubliées de liberté et de démocratie.

« Welcome to Egypt » me disaient les manifestants de la place Tahrir. Bienvenue en Egypte, ce pays qui est peut-être en train de renaître.