<< Retour à la liste d'Invités

Claude Dityvon - Chaque image est un voyage

Claude Dityvon

Claude Dityvon a photographié Mai 68 par effraction. Inconnu, mais armé d’un appareil photo, il trouve dans cet évènement un moyen d’exprimer sa révolte, qui rejoint celle des étudiants et des ouvriers, d’ailleurs.

Mais en marchant la nuit dans les rues, un air de Jazz dans la tête, il construit son style, si particulier, où l’homme occupe dans l’espace une place baignée d’ombres et de lumières. C’est en cela que les photos de Claude Dityvon ne laissent pas indifférent, et son 68 à lui ne ressemble à aucun autre. Il y a de l’information et de la poésie.

Il a été lauréat du Prix Niepce en 1970, cofondateur de l’Agence Viva, au même titre que Gilles Caron le photographe emblématique de Mai 68.

Depuis des années, il poursuivait un travail personnel et artistique autour des ombres et des lumières, dans des atmosphères légères et denses.

Photographier, c’est quoi pour vous ?

Photographier, c’est mémoriser ; c’est, contrairement à un peintre, tenter de fixer les harmonies secrètes qui réunissent les hommes. Malgré ma déception du genre humain, par rapport aux guerres, à l’agressivité, au fait de tuer.

J’essaie de préserver tout ce qu’il représente en définitive, une machine extraordinaire, avec un cerveau, une mémoire, et des sentiments. Je veux photographier l’invisible, ce qu’il y a derrière.

C’est aussi une réflexion sur ma propre existence.

Plutôt les hommes que les paysages ?

Non, j’ai une série de paysages pas très connue, mais c’est mon tiroir secret. Depuis quelques années, je photographie des paysages en y introduisant une présence humaine. Par exemple, cette série liée à ma femme. Je prends comme cadre la mer, le ciel, la lumière, et elle passe et bouge dans tous ces éléments, tel un reflet. C’est une façon pour moi de lui rendre hommage, parce que je l’aime. On travaille toujours ensemble. Elle a une vision formidable, elle est autant photographe que moi…

Vous utilisez toujours le Noir et Blanc…

Toujours. Il y a dans le noir et blanc une noblesse dans la lumière, dans le ton, et puis je l’avoue, je suis nostalgique d’un passé, que j’ai peut-être enjolivé. Mon enfance fut très douloureuse sur le plan matériel, et en même temps libre. Ma mère nous disait toujours à mon frère et à moi : « allez jouer dehors ». Je suis donc un gosse de la rue. Et quand je photographie, je repense à ces moments. A cause ou grâce à cette enfance, j’ai acquis - et cela me coûte très cher aujourd’hui - une forme de liberté à l’égard des « milieux » photo.

Vous êtes un photographe libre.

Je n’ai plus de sujet. C’est moi qui crée mon propre sujet. Le sujet dépend plus de moi, que moi du sujet. Par exemple, « l’homme qui marche » est un travail que j’ai mené durant de nombreuses années pour célébrer la sculpture de Giacometti, qui est un immense artiste. Lorsque j’ai vu cette sculpture, je me suis dis : c’est la vision que j’ai de l’homme. Un homme torturé, qui souffre, mais qui s élève. Il y a donc un espoir pour cet homme.

Que reste-t-il du photojournalisme ?

Rien… (Rires). J’ai du respect pour les reporters. Mais je ne me suis jamais considéré comme un photojournaliste. Depuis le début, je me suis senti plus proche du cinéma. Je suis d’une culture cinéma.

Je viens du regard qui m’a tout appris, celui des grands muets, de Murnau qui reste mon maître. J’ai découvert la photographie par le cinéma. Ce qui fait que Mai 68 montre mon état de révolté, engagé. Ce qui m’intéressait, c’était de photographier la nuit. On assiste à un retour de ce genre d’images.

Quand je photographiais les mineurs dans le Nord de la France, je pensais au néoréalisme italien, à Antonioni dont j’ai beaucoup appris, sur l’incommunicabilité.

Quand je réalise un reportage, je pense à tout cela.

Claude Dityvon

Quel est votre meilleur souvenir ?

La première série sur les bidonvilles que j’ai photographiés avec beaucoup de poésie.

Ensuite, c’est Mai 68 qui m’a révélé, et les travailleurs immigrés en 1975.

Que pensez-vous de la photographie aujourd’hui ?

Le numérique m’est complètement étranger. Mais peut-être que la vision du monde aujourd’hui passe par cette technique. Je suis un photographe moderne dans son œil, mais ma manière de le montrer est traditionnelle.

dyviton-jousset

Plus on est exigeant mieux on est compris.