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François Delarozière : un créateur vernien

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Il déambule dans la galerie des machines, manipulant les pattes en fer d’un crabe géant, actionnant l’œil d’un calamar à rétropropulsion. Il monte, descend de ces incroyables engins qui semblent tout droit sortis d’un musée, pré ou post industriel. D’habitude il est plutôt chez lui, sur les bords de Loire, à dessiner ou dans l’atelier à outiller avec tous ceux qui se sont lancés dans la formidable aventure des Machines de L’île.

Lui après les beaux Arts, il sera un temps décorateur de théâtre, et plongera dans les machines avec Royal de Luxe. Les géants, c’est lui. A présent, sur l’Ile de Nantes, dans ce lieu si spécial et beau, rien ne s’arrête jamais, l’imagination des hommes est en mouvement perpétuel.

« Quand je me promène dans la Galerie des Machines, je ne suis pas dans une idée de bilan. Je m’attache à la technique, je vérifie si les choses fonctionnent bien, parce qu’ici nous sommes dans un laboratoire où sont mises au banc test ces machines que j’appelle des mécaniques vivantes.

Quand avez-vous rêvé ces machines ?

C’est tout un processus qui depuis l’enfance à aujourd’hui m’a amené à m’intéresser aux machines et surtout au mouvement. Petit, j’aimais la nature. Nous vivions dans les quartiers Nord de Marseille. Bien qu’ayant peu de moyens, nos parents nous avaient acheté des poneys, et j’ai gardé cela. Je me suis intéressé à l’idée du mouvement, ce qui revient à l’idée de vie, car quelque chose qui cesse de bouger meurt. Dès qu’un objet se met en mouvement, une émotion naît, et c’est ce qui m’intéresse. On fabrique des machines, on créé des spectacles pour susciter des émotions. C’est un travail qui s’enrichit d’expériences nouvelles.

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Le point de départ de cette passion du dessin remonte à quand ?

Très tôt j’ai aimé dessiner. Je dessinais justement des chevaux… Plus tard, je suis rentré aux Beaux Arts et c’est là que la notion du temps m’a captivé. Je me suis aperçu qu’il y avait un temps code, que l’on utilise avec le temps solaire, on se donne rendez-vous à telle heure… mais il y a aussi d’autres temps de penser, du travail plaisir, plein de temps parallèles. Avec l’espace et le temps, l’idée de la machine s’est imposée. Je faisais un travail vidéo dans les paysages, en fabriquant des objets permettant de promener une caméra. Entre deux portiques, avec un système de chenillard la caméra filmait l’horizon, lentement. Je me suis fabriqué aussi une attelle à laquelle j’accrochais une caméra à ma cheville et en marchant, elle filmait le mouvement de mon corps, ma jambe donnait le rythme.

En fait cette œuvre monumentale n’est pas née du hasard mais d’une réflexion très technique sur l’espace et le temps…

Ces machines n’ont rien d’industriel. Ce sont des sculptures en mouvement, elles se déplacent, et on les perfectionne tout le temps.

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Quelle est votre profession ?

Je ne saurais pas trop quoi répondre. Dans l’équipe de la Machine, on n’est pas une seule chose. On a même inventé des métiers sans référent… On peut dire que l’on cherche, que l’on invente…

Vous êtes un artiste, un artisan, un créateur…

Un constructeur… et ces prototypes sont construits pour nous faire rêver. Ce sont des choses inutiles et tellement importantes. Si je regarde derrière moi, les plus beaux moments que j’ai vécus sont liés aux émotions provoquées souvent par la musique, l’image, des livres, des photos.

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Vous fabriquez du rêve...

C’est ça.